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Le mercure est un produit chimique utilisé dans les amalgames dentaires. Récemment, un traité a été signé pour protéger la santé humaine et l'environnement contre les émissions anthropiques et la propagation du mercure et de ses composés. (Photo: Marcel Clemens)
0 Comments Oct 21, 2013 | News France

L'avenir de la dentisterie dans un monde sans mercure : perspective d'une ONG

Post a comment by Anita Vazquez Tibau, international advocate against the use of mercury in dentistry

Afin de discuter de l'avenir de la dentisterie, nous devons d'abord regarder l'histoire de l'utilisation du mercure en dentisterie. Le mercure porte le numéro 80 sur le tableau périodique des éléments. C'est le matériau, non radioactif, le plus toxique connu de l'homme et l'élément le plus étudié depuis le début de l'alchimie.

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Anita Vazquez Tibau Anita Vazquez Tibau

Le mercure utilisé en dentisterie a été documenté dès la dynastie Ming. Cependant, ce n'est que dans les années 1830 que les frères Crawcour, de France, ont utilisé une combinaison de mercure, argent, étain et zinc pour élaborer les amalgames dentaires. Ils sont venus à New York et ont commencé leur campagne de marketing pour promouvoir ce nouveau matériau dentaire. Les frères Crawcour étaient de brillants spécialistes du marketing et ont appelé leur matériau dentaire « minéral succédané royal d’obturation » : Leur entreprise a été extrêmement fructueuse.

Pendant ce temps, aux États-Unis, les chirurgiens-dentistes étaient soit des membres de la Société américaine des chirurgiens-dentistes ou des artisans dentaires, qui étaient aussi des médecins, coiffeurs, maréchaux-ferrants, constructeurs de maisons, etc. Les techniques de traitement dentaire à l'époque, étaient soit d'extraire la dent sans aucun médicament, soit de placer une feuille d'or dans la dent.

Lorsque les frères Crawcour ont apporté ce nouveau matériau d’obturation à New York, la Société américaine des chirurgiens-dentistes a fait signer à leurs membres une charte d'éthique visant à ne pas utiliser ce matériau en raison de la teneur toxique en mercure ; toutefois, les artisans dentaires trouvaient que le matériau était une manière simple et bon marché d’obturer les dents et ont réalisé les avantages financiers du matériau. Cela a permis aux artisans de fortifier leur soutien et affiliation, et de démanteler la Société américaine des chirurgiens-dentistes pour créer l'Association dentaire américaine (American Dental Association ; ADA), basée sur l'utilisation du mercure. L'ADA avait même le brevet sur le mercure dentaire. Ceci a été considéré comme étant la première guerre de l'amalgame.

La deuxième guerre de l'amalgame a été de courte durée. Le professeur Alfred Stock, un scientifique allemand, qui avait été lui-même empoisonné par le mercure et qui avait écrit plus de 50 livres sur le sujet, a tenté, en vain, d'encourager les chirurgiens-dentistes allemands à abandonner l'utilisation du mercure en dentisterie. À l’autre bout du monde, à la même époque dans les années 1920, un chirurgien-dentiste brésilien, Dr Olympio Domingues Pinto et son épouse, le Dr Martha Faissol Pinto, également chirurgien-dentiste, ont commencé à voir l'amélioration de la santé des patients, lorsque les plombages au mercure étaient remplacés par des obturations en or.

Un cas particulier était celui d'une jeune fille, diagnostiquée avec une leucémie. Après le retrait de ses plombages au mercure il n’y avait plus de signe de la maladie. Quand des plombages au mercure ont été remis dans ses dents, la leucémie était à nouveau diagnostiquée. Pinto a ensuite retiré les plombages au mercure et les a remplacés avec de l'or et une fois de plus, elle était en rémission. Cela a encouragé son fils, Olympio Faissol Pinto, à étudier cette question aux États-Unis, à l'Université de Georgetown, alors qu'il travaillait sur son diplôme de maîtrise.

Pendant le temps passé par Pinto à Georgetown, il a trouvé plusieurs livres sur le sujet, un par Stock, et un autre par le Dr Karl O. Frykholm, qui traitaient du mercure en dentisterie. Pinto cherchait à répondre aux questions brûlantes de son père et il voulait faire sa thèse de master sur les amalgames dentaires au mercure. Il n'a jamais eu le temps de laboratoire nécessaire pour effectuer des recherches sur le sujet, mais il n'a jamais abandonné son désir de faire partager les réussites qu'il a eues, après le remplacement de plombages au mercure avec des matériaux sans mercure.

C'est au début des années 1970 que Pinto a rencontré le Dr Hal Huggins, un chirurgien-dentiste américain, lors d'une conférence dentaire internationale, à Mexico. Pinto a rapporté à Huggins ses expériences avec le mercure dentaire et les améliorations miraculeuses de la santé de ses patients quand les amalgames dentaires au mercure étaient retirés. Même si Huggins était extrêmement sceptique quant à l'information qui lui avait donnée Pinto, il a décidé de faire sa propre enquête. À la suggestion de Pinto, Huggins a effectué un test sanguin (ses principaux moyens d'essais à l'époque) avant et après le placement et le retrait des amalgames. Les résultats de l'évolution de la chimie du sang dans les trois semaines étaient si étonnants que Huggins s’est immédiatement débarrassé de tout son équipement de pose d’amalgame et n’en a jamais plus placé d’autre.

Huggins ne s’imaginait pas à ce moment, que sa vie allait changer pour toujours. Il était tellement choqué par ce qu'il avait découvert sur la toxicité du mercure qu'il a commencé sa propre campagne pour sensibiliser ses collègues sur les dangers du mercure en dentisterie. Ceci lui a coûté sa licence en dentisterie, car il refusait de référer les patients pour la pose d'amalgames. On lui a offert de récupérer sa licence, mais il a refusé. Depuis, Huggins a écrit de nombreux livres sur le sujet. Un de ses premiers, intitulé « Tout est dans votre tête », a été un catalyseur du changement et Huggins, comme Pinto, a donné des conférences sur ce sujet au niveau mondial. Après plus de 40 ans, Huggins, avec Pinto, qu'il appelle affectueusement son frère jumeau né d'une mère différente, n'a jamais renoncé, ni cédé aux énormes pressions de la dentisterie conventionnelle, qui les a tout deux persécutés depuis les deux dernières décennies.

Cela nous amène à la troisième guerre de l'amalgame, dans laquelle nous sommes actuellement engagés. J'ai personnellement travaillé avec Pinto et Huggins depuis plus d'une décennie, et ils m'ont raconté leur histoire et sont mes deux mentors. Ils sont des visionnaires et des pionniers, brillants dans l'action. Ces hommes sont dans la catégorie des êtres humains extraordinaires. Bien qu'ils vieillissent, leur passion et la force de continuer à exposer cette question au monde n'a pas faibli. Ils sont infatigables et continuent à repousser les limites, pour faire avancer le monde de la dentisterie biologique holistique.

Peu de temps après leur rencontre à Mexico, Pinto a rencontré quelques-uns de ses collègues avant-gardistes, et a fondé la Société brésilienne de réhabilitation orale (Sociedade Brasileira de Reabilitação Oral ; SBRO). Cette organisation continue de croître et aucun de ses membres n’utilise des amalgames dentaires au mercure. Plusieurs années après que la SBRO ait été fondée, un groupe de chirurgiens-dentistes canadiens et américains a fondé l'Académie internationale de médecine orale et de toxicologie (IAOMT) au Canada.

Au début des années 1990, l'émission de télévision « 60 Minutes » a réalisé un épisode qui a été l'un des épisodes les plus regardés depuis la création de l’émission. Également, au cours de cette période, Pinto a réuni des experts pour le premier Sommet de la Terre (Rio Eco-Odonto), à Rio de Janeiro en 1992. Il est intéressant de voir que ces événements se passaient en Amérique du Nord et du Sud, presque simultanément, et utilisaient les mêmes données scientifiques démontrant les dangers du mercure.

Pendant l’émission « 60 Minutes », les membres de l’Agence américaine des produits alimentaires et pharmaceutiques (Food and Drug Administration ; FDA) et de l’ADA, qui contrôlent les matériaux dentaires, étaient soupçonnés d'avoir des liens avec l'industrie. L'ADA est une organisation commerciale, comme le syndicat des Teamsters, et non un organisme gouvernemental, comme certaines personnes peuvent le penser. Les personnes qui régulent l'industrie dentaire sont des chirurgiens-dentistes, pas des scientifiques ou des toxicologues ; par conséquent, l'objectivité sur la sécurité d’un produit ou du patient est faussée dès le départ. Plus significatif, au sujet de la FDA, est le fait que les plombages au mercure bénéficient de droits acquis au nom du « Generally Recognized as Safe » (généralement considéré comme étant sans danger), en raison de l’utilisation de l'amalgame depuis longtemps. À ce jour, la FDA n'a pas reclassé les plombages dentaires au mercure.

Au même moment, l'ADA se battait contre la divulgation aux patients du mercure comme ingrédient principal de l'amalgame et plus de 20 ans plus tard, ils luttent encore pour ne pas divulguer au patient que le mercure est l'ingrédient principal de ce matériau dentaire. Je viens de donner une conférence lors d'une réunion du conseil municipal de Berkeley, en Californie, et l'ADA et les représentants de l’Association dentaire de Californie, ont fait valoir que les patients auraient peur s'ils savaient que le matériau contient du mercure. Pourquoi nous disputons-nous encore ? S'il n'y a pas de problème avec le mercure dans les plombages dentaires, disons aux patients que les amalgames contiennent du mercure et laissons les décider pour eux-mêmes.

La seule différence entre aujourd'hui et il y a 20 ans est la suivante : nous avons maintenant, après quatre années de négociations, approuvé un traité mondial légalement contraignant, grâce au Programme environnemental des Nations Unies (UNEP), appelé à juste titre la Convention de Minamata sur le mercure. Il a été ainsi nommé à cause d'un empoisonnement au mercure. La Chisso Corporation, une usine chimique à Minamata, au Japon, a été reconnue coupable d'avoir déjeté ses déchets dans la baie de Minamata. Alors que la contamination avait commencé dans les années 1930, c’est dans les années 1950 que les gens et les animaux de ce petit village de pêcheurs ont commencé à présenter des symptômes étranges. Tout d'abord, ce sont les chats, qui se comportaient de façon bizarre, se jetant parfois à l'eau et se noyant. Ensuite, les gens du village ont commencé à développer des tremblements dus à l'exposition au mercure, attaquant leur système nerveux central. D'autres symptômes de maladies graves apparurent ainsi, et finalement le diagnostic a été imputé à la toxicité du mercure provenant du poisson de la baie, contaminé par le mercure.

Encore une fois, il a fallu des décennies et des poursuites judiciaires, pour voir la culpabilité et la responsabilité finalement incomber à la Chisso Corporation, mais les décès et dommages causés aux habitants de Minamata continuent, plus d'un demi-siècle plus tard. L'impact environnemental a été si dévastateur que le gouvernement a dû subventionner les pêcheurs locaux afin qu'ils ne consomment pas les poissons contaminés par le mercure, mettant un terme à leurs moyens de subsistance dans le processus.

J'ai eu l'occasion d'assister à tous les sessions du comité de négociation intergouvernemental (INC) de L’UNEP. Quand je suis allé à Chiba, au Japon, j'ai rencontré une victime de la catastrophe de Minamata. Ma brève rencontre avec un survivant de cette horrible catastrophe m’a laissé une profonde impression qui a changé ma vie à jamais.

Il y avait des films sur la tragédie de Minamata et sur les nombreuses leçons que les Japonais voulaient que le monde retienne. Le plus important était de ne pas répéter ce qui s'est passé à Minamata, en arrêtant d'utiliser le mercure !

Au cours des négociations de l’UNEP, l’IAOMT a pu diffuser l'information actuelle la plus pertinente sur le mercure en dentisterie. L’IAOMT a également donné aux délégués des informations scientifiques.

C'était au cours de la quatrième session du CNI que les membres de l’IAOMT ont compris la nécessité de développer un projet qui aiderait les pays en développement, les pays en transition et les pays émergents, à changer et à n’utiliser que des matériaux dentaires sans mercure. C'est à ce moment que le Programme d'assistance technique (TAP) est né. Le TAP ne fournit pas seulement des informations éducatives sur l'utilisation efficace de matériaux d’obturation sans mercure, mais aussi éduque les professionnels de soins dentaires sur l'élimination sans danger des plombages au mercure, visant ainsi à protéger le patient, le personnel dentaire et le chirurgien-dentiste, ainsi que sur la façon de gérer les déchets contenant du mercure.

L’UNEP a reconnu l'engagement de l’IAOMT sur ce travail. L’IAOMT lancera le TAP à Rio de Janeiro, ce mois-ci, avec un atelier international présenté par le Dr Grube Blanche des États-Unis et le Dr David Warwick, du Canada. L'Associação Brasileira de Odontologia (Association brésilienne d'Odontologie) sera l'hôte de cet événement de deux jours. L'importance de ce projet ne peut pas être négligée, puisque le Brésil compte près de 200 écoles dentaires et près de 10 000 chirurgiens-dentistes reçoivent leur diplôme chaque année.

Après que des représentants de l’IAOMT aient rencontré au début du mois de juillet, la députée, Dr Aspásia Camargo de Rio de Janeiro, elle a immédiatement pris des mesures en promettant de tenir une audience sur les dangers du mercure. Le 9 août, elle a non seulement tenu une audience publique, mais a également proposé une loi qui interdirait les produits et procédés contenant du mercure dans l'État de Rio de Janeiro. Elle s'est sentie obligée de prendre des mesures avant la signature du traité, en raison des dangers que le mercure pose, non seulement à l'homme mais aussi à l'environnement.

Une zone dentaire sans mercure dans l'une des villes les plus importantes du monde, sera un modèle qui pourra être reproduit n’importe où dans le monde. J'ai participé à ce projet pilote à Rio de Janeiro et qu’il se réalise dans cette ville est je pense, une sorte de récompense pour le Dr Faissol Pinto, qui a consacré tant de temps à essayer d’interdire le mercure en dentisterie. Rio de Janeiro sera la première ville en Amérique latine, à suivre les actions de pays comme la Norvège, le Danemark et la Suède, qui ont déjà interdit cette substance toxique, ainsi que de nombreux autres pays qui limitent considérablement l'utilisation du mercure dans les plombages dentaires.

À travers le monde, beaucoup de gens ont travaillé sans relâche pour une interdiction du mercure dans les plombages dentaires. Je tiens à mentionner quelques-uns des principaux chercheurs et médecins, dont les efforts dans la troisième guerre de l’amalgame ont fait progresser ce dossier : Dr Mats Hanson, Dr Lars Friberg, Dr Boyd Haley, Dr Mats Berlin, Dr Fritz Lorscheider, Dr Vasken Aposhian, Dr Murray Vimy, Dr David Kennedy, Sam Ziff, Dr Mike Ziff, Dr Mark Geier, David Geier, Leo Cashman et beaucoup, beaucoup d'autres.

Il y a de nombreux activistes et victimes d'empoisonnement au mercure dont les contributions au mouvement n'auraient jamais amener un résultat, sans leurs sacrifices personnels et leur dévouement à l'éducation, leur travail pour organiser et modifier les politiques publiques. Je les salue tous et je continuerai à faire ma part pour atteindre l'objectif d'un monde exempt de mercure.

UN RAPPORT DU PNUE
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